RSS feed

Editorial

La post-édition en pratique : processus, produits et réseaux : ainsi que le suggère le titre de ce numéro thématique, ce volume examine la post-édition sous deux aspects essentiels : d’une part, la pratique et de l’autre, à partir d’une perspective plus large, ses effets sur les professionnels de la traduction et d’autre domaines. En réfléchissant sur ce titre, il nous a paru que le premier et le dernier mots évoquaient les notions d’interdépendance et de relations. La post-édition implique des relations avec au moins deux textes précédents, un travail coordonné autour de différents types de révision de traduction automatique, la collaboration de divers professionnels, des spécialistes de domaines variés aux traducteurs, et un dialogue entre machine et être humain. Le dernier mot du titre ‘réseaux’, dénote également un échange d’idées et d’informations au sein d’individus reliés par leurs intérêts et par un désir de communiquer.

Ceci nous a mené à réfléchir sur un concept de traduction défini par les relations, une pensée pertinente à ce moment précis de la vie de JoSTrans. JoSTrans, l’une des rares revues universitaires indépendantes en traductologie, est avant tout une revue de ‘relations’. Son histoire est celle d’un ‘réseau’ au meilleur sens du terme : elle est née et s’est développée parce que ses agents ont toujours réussi à travailler ensemble. Ce numéro voit un changement de direction : la directrice en chef, Lucile Desblache, passe la main à Łucja Biel. Après presque 20 ans, il était important que la revue soit dirigée par une personne au parcours différent, motivée par de nouvelles idées et ambitions. Néanmoins, l’éthique de ‘relations’ du journal restera au cœur des numéros à venir, y compris de ce numéro.

Récemment, la nouvelle pratique de traduction automatique neuronale a été largement perçue comme une technologie perturbatrice. C’est pourquoi de ce numéro thématique, coordonné par Lucas Nunes Vieira, Elisa Alonso et Lindsay Bywood, est particulièrement opportun.  Il explore la post-édition sous des angles différents, à partir d’un large éventail de méthodes empiriques axées sur l’étude de produits et de processus qui inclut le système d’eye-tracking, celui de raisonnement à voix haute (Think-Aloud Protocol), des questionnaires et une utilisation de la sociologie de la traduction. La première partie est centrée sur les processus de post-édition, et explore les thèmes fondamentaux de la qualité de la traduction et du travail cognitif accompli  en regard des erreurs de traduction, des taux de correction, de la précision et de l’aisance linguistique (Jia et al, Yamada, Carl and Toledo Báez), mais également en regard d’éléments plus techniques de l’utilisation des ressources disponibles dans l’environnement des outils de TAO (Bundgaard and Paulsen Christensen) et des métaphores de la post-édition (Koglin and Cunha). La seconde partie se centre sur la réception des produits de post-édition, et les compare à ceux de la traduction traditionnelle en ce qui concerne leur lisibilité (Screen) selon le degré d’utilisation de post-édition (van Egdom and Pluymaekers). La partie suivante met l’accent sur les acteurs humains : elle examine les attitudes et les perceptions de la traduction automatique (Rossi and Chebrot; Sakamoto). La dernière section considère la traduction automatique à partir de la perspective de la formation à la traduction. Elle définit les compétences de la post-édition (Nitzke et al.) et décrit son intégration dans les programmes de maîtrise (Guerberof Arenas and Moorkens; Plaza Lara). Deux entretiens filmés complètent ce panorama : l’un sur les défis de la traduction du doublage en France, l’autre lié plus directement à la post-édition. La richesse  de ce numéro spécial ne pourra qu’inspirer lecteurs et lectrices du journal.

Lucile Desblache and Łucja Biel